Les rois du zapping et de la personnalisation
Ces jeunes ont par exemple largement délaissé les médias traditionnels au profit d'Internet. Ils passent de moins en moins de temps à écouter la radio ou à regarder la télé (1 h 30 de moins par rapport à 2001). Ces médias ne sont pas pour autant ignorés, mais on observe un glissement vers un autre support, l'ordinateur : 38% des jeunes regardent du contenu télévisuel sur leur PC, et 40% d'entre eux s'en servent également pour écouter la radio. Le DN est volatil dans sa recherche de l'information. Il rebondit très vite d'une page à l'autre, il est impatient, il zappe volontiers s'il ne trouve pas immédiatement ce qu'il cherche et passe très peu de temps sur une même page. C'est le surfeur dans toute sa splendeur, le roi du clic. Il veut tout personnaliser, y compris son poste de travail.

Poussons encore plus loin la caricature. Parlez aux plus jeunes de Minitel ou de magnétoscope, ils vous regarderont probablement d'un air interrogateur. Pire encore, placez-les maintenant en entreprise, avec un bureau classique, une imprimante poussiéreuse, un PC qui rame, un accès aux réseaux sociaux bloqué par le pare-feu, comme c'est encore le cas dans de nombreuses sociétés, selon MessageLabs, une société spécialisée dans la protection de la messagerie instantanée. Le verdict est sans appel, le DN tourne les talons et va chercher ailleurs.
Pas technophiles pour deux sous, mais exigeants en qualité de service
« Attention toutefois. Il ne faut pas confondre Digital native et geek, prévient Carlos Diaz, PDG de l'éditeur Blue Kiwi, qui propose des solutions Web 2.0 aux entreprises. A moins d'être lui-même informaticien, le 'Digital native' ne connaît absolument rien à la technologie pure et dure sur lesquels reposent les outils avec lesquels il travaille, et à vrai dire... ça lui est égal. Tout ce qui compte pour lui, c'est que ça marche, et que la communication passe en moins d'un quart de seconde. »
'Digital natives' : ils vont bouleverser l'entreprise
Une interview de Monica Basso, vice-présidente de recherche au Gartner
Digital World : Comment Gartner définit-il les Digital natives ?
Monica Basso : Nous utilisons la définition donnée par Marc Prensky : une personne de moins de 24 ans qui a grandi en étant intensément exposée à la technologie et au numérique.
DW : En quoi se distinguent-ils de leurs aînés ?
M B : Leurs compétences IT et leurs comportements sociaux sont complètement différents de ce que l'on appelle les « immigrés », les personnes qui n'ont pas été exposées à une utilisation de la technologie dès leur naissance, mais qui l'ont adoptée peu à peu, par la force des choses.
Les Digital Natives ont mis au point des capacités cognitives radicalement différentes de celles de leurs aînés. Ils aiment travailler en équipe, tout en ressentant un fort besoin d'autonomie et d'indépendance (qu'il faut valoriser), ils sont multitâches, créateurs de contenu, ils voyagent volontiers, ils fourmillent d'idées et sont avides de connaître de nouvelles cultures. Ils ont tendance à rejeter l'autorité, mais ils acceptent la compétition.
Ils ont également développé de nouvelles capacités pour être plus interactifs. Ils consomment autrement l'information, ils la digèrent très vite et ils en ont une conception visuelle et non-linéaire. Un exemple : l'élaboration d'un rapport ou d'un projet comporte automatiquement un aspect multimédia pour eux, ils sont friands de graphiques, de mouvements, de sons, le tout récolté en quelques minutes sur le Web.
Ils zappent énormément, ils cessent leur lecture après quelques phrases, leur style d'apprentissage est basé sur l'expérimentation et sur le « bricolage » au jour le jour. A l'inverse, les immigrants ont besoin d'accumuler les expériences sur le long terme.
Ils sont omniprésents dans les univers virtuels qui font désormais intégralement partie de leur quotidien, que ce soit via les réseaux sociaux, où ils possèdent souvent de multiples identités numériques, les forums, les chats, les sms...
DW : À long terme, les DN sont-ils susceptibles d'influencer et de modifier la façon dont les entreprises collaborent et travaillent ?
MB : Ces étudiants sont les futurs employés des entreprises. Leur présence et leur pouvoir est amené à croître, en raison de leurs compétences techniques, de leur familiarité avec les produits numériques et de leur capacité à récupérer des informations. Leur arrivée modifiera profondément les relations entre employeurs et employés.
DW : Quelles sont leurs points faibles et leurs points forts ?
MB : Ils rejettent les structures hiérarchiques trop figées mais ils aiment collaborer à plusieurs sur un projet, pas forcément sur le même lieu de travail. Ils sont très axés « groupe », alors que les immigrants pensent d'abord à résoudre les problèmes individuellement, dans leur coin.
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