Beaucoup seront surpris d’entendre Juliette Gréco te donner la réplique sur le morceau qui ouvre l’album, « Roméo et Juliette ». Qu’est-ce qui a motivé cette collaboration ?
Je l’ai rencontrée par le biais de son époux, Gérard Jouannest, qui a composé pour Brel, et qui a écrit une partie des musiques de cet album. Juliette est un peu la dernière grande gansta rappeuse. Elle a fait partie d’une époque culturelle incroyable, côtoyant Boris Vian, Jean-Paul Sartre ou même Miles Davis. Pour autant, tu te rends compte, en parlant avec elle, que seuls le présent et l’idée de faire bouger les choses l’intéressent. C’est parce qu’elle a su garder cette démarche qu’elle reste en phase.
Autant Gibraltar rompait avec ton premier album, autant celui-ci semble enfoncer le clou du précédent…
Je voulais continuer à creuser le même sillon. Je ne suis pas un artiste à singles. Au contraire, je cherche cette dimension d’œuvre qui se dessine sur la longueur, au fur et à mesure des albums. Avec celui-ci, j’avais pour ambition de répondre aux attentes, tout en les dépassant, de marquer les esprits, comme a pu le faire pour moi le Illmatic de Nas, quand je l’ai découvert.
En écoutant ton hip hop, marqué par les influences de Brel ou de Nino Ferrer, on se dit que le rap français gagnerait sans doute à moins lorgner systématiquement sur le modèle américain…
Rakim a dit un jour : « Le rap, c’est où tu es. » Il y en a qui, en se conformant à certains poncifs, se prétendent gardiens du temple, alors que le hip hop c’est, avant tout, être vrai par rapport à soi-même, à ce qui t’entoure. Brel, Ferrer et la littérature font partie de ma culture. Le hip hop est justement une musique qui te permet de digérer les influences les plus diverses, pour les recracher sur un mode personnel. La vraie nature du hip hop est de toujours avancer.

Abd Al Malik
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