Avec son Gibraltar de 2006, Abd Al Malik est devenu un phénomène culturel incontournable, symbole de ce hip hop conscient, capable de séduire le public de Télérama aussi bien que celui de Skyrock. Et avec un nouvel album portant le nom d’un poète florentin du XIIIe siècle, il semblerait que la reconversion bling bling ne soit, toujours pas, à l’ordre du jour…
On te sait féru de philosophie, mais pourquoi Dante précisément ?
Dante a beaucoup pensé le rapport à la langue. Le fait, pour lui, d’avoir écrit à son époque La Divine comédie en toscan plutôt qu’en latin, fut une sorte d’acte fondateur de la langue italienne. En choisissant la langue du peuple plutôt que celle de l’élite, il a amorcé une démocratisation du savoir. Et c’est cette démarche qui m’intéresse, décloisonner la culture, la rendre accessible au plus grand nombre, car c’est la culture qui permet l’élévation des êtres, qui porte le drapeau, et c’est dans la culture que naît la politique. J’ai fait cet album autour de cette réflexion.
Justement, en 2008, peu de jeunes connaissent Dante. En choisissant ce titre, ta maison de disques n’a pas eu peur que tu te décroches d’un auditoire hip hop populaire ?
Pour moi populaire ne signifie pas quelque chose de simple ou basique, mais au contraire, le fait de s’adresser aux gens du peuple sans les prendre pour des idiots. Toute ma réflexion, philosophique ou autre, et qui va s’exprimer dans mon rapport à la musique, je veux l’offrir aux gens sans avoir à en lisser la complexité. J’imagine m’être affirmé dans cette démarche avec suffisamment de clarté pour que ma maison de disques m’appuie dans cette voie.
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